On récupère une assiette au fond d’un placard breton, on retourne la pièce, et on tombe sur un enchevêtrement de lettres peintes à la main. C’est précisément cette marque au dos qui permet de dater une faïence Henriot Quimper, parfois à quelques décennies près. Encore faut-il savoir lire ces signatures, car la faïencerie en a changé de nombreuses fois en plus de trois siècles d’activité.
Signatures Henriot Quimper : la clé pour dater une faïence ancienne
La méthode la plus fiable pour situer une pièce dans le temps reste l’examen de la marque apposée sous l’objet. Henriot-Quimper met d’ailleurs à disposition sur son site officiel une page dédiée à la succession de ses signatures, preuve que la lecture des marques reste la méthode centrale de datation.
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Chaque période de la manufacture correspond à une graphie, un format ou un contenu de marque distinct. On passe de simples initiales peintes à la main à des tampons imprimés, puis à des cachets normalisés au fil des fusions entre manufactures.
Ce que raconte le dos d’une assiette
Quand on retourne un plat ancien, on cherche trois éléments : le texte de la marque (initiales, nom complet, mention de lieu), la technique d’application (peinte au pinceau, tamponnée, imprimée, en creux dans la pâte) et la couleur utilisée. Une marque peinte en bleu cobalt sous glaçure n’a pas la même portée chronologique qu’un tampon noir apposé par-dessus l’émail.
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Les pièces les plus anciennes, datant de la fin du XVIIIe siècle, portent parfois une simple marque en creux dans la terre, sans aucune peinture. Ces exemplaires restent rares et leur identification demande souvent un œil exercé.

Évolution des marques de fabrique : repères chronologiques par période
Le site Infofaience recense les marques de Quimper avec des reproductions photographiques associées à des fourchettes de dates. On peut s’appuyer sur ces repères pour classer les grandes périodes.
- Les marques les plus anciennes, attribuées à la famille Floury à Locmaria, remontent aux alentours de 1776. On y trouve des initiales simples, souvent difficiles à distinguer sans comparaison directe avec des pièces de référence.
- Au milieu du XIXe siècle apparaissent des marques plus lisibles, comme celles d’Eloury Porquier (vers 1845), où le nom du fabricant commence à figurer de façon plus explicite.
- La période HB (initiales de la « Grande Maison ») et la période Henriot proprement dite se distinguent par des graphies spécifiques. Le passage de « HB » à « Henriot Quimper » sur les marques signale un changement d’ère dans l’histoire de la manufacture.
- Les pièces du XXe siècle portent souvent des tampons standardisés, avec mention du lieu « Quimper » et parfois « France » ou « Henriot Quimper France », ce qui facilite la datation par rapport aux pièces plus anciennes.
Les retours varient sur certaines marques de transition, notamment celles des années 1920, époque où les manufactures Porquier et HB se livraient une concurrence féroce avant leur fusion.
Décor breton et style de peinture : indices complémentaires pour dater un plat
La signature au dos ne suffit pas toujours. Quand la marque est effacée, partiellement lisible ou absente, on se tourne vers le décor lui-même. Le style de peinture a évolué de façon assez nette au fil des périodes.
Les personnages bretons comme marqueurs d’époque
Le petit breton et la petite bretonne peints au centre des assiettes sont devenus emblématiques de la faïence de Quimper. Leur traitement graphique a changé. Les personnages les plus anciens sont souvent plus naïfs, avec des traits épais et peu de détails vestimentaires. Un personnage breton très stylisé avec des aplats de couleur vifs oriente plutôt vers la production du XXe siècle.
Les décors floraux et les bordures suivent la même logique. Les pièces du XIXe siècle privilégient des motifs simples, parfois proches de la tradition rouennaise dont la faïencerie s’est initialement inspirée. Les décors Art déco, reconnaissables à leurs formes géométriques et leurs couleurs plus audacieuses, apparaissent dans les années 1920-1930.
La gamme Odetta : un repère Art déco
La ligne Odetta, produite par la manufacture dans l’entre-deux-guerres, se distingue par des formes et des émaux qui tranchent avec la production traditionnelle. Repérer une pièce Odetta permet de la situer dans cette fenêtre précise. Le musée de la faïence de Quimper a d’ailleurs consacré une exposition à cette gamme, signe de son importance dans l’histoire de la manufacture.

Expertise et estimation d’une faïence Henriot ancienne : à qui s’adresser
Un point que beaucoup de collectionneurs découvrent tardivement : Henriot-Quimper ne réalise pas d’expertise de valeur sur les pièces anciennes. La manufacture le précise elle-même sur son site, en orientant les demandes vers des commissaires-priseurs spécialisés.
Deux études reviennent régulièrement pour les faïences de Quimper :
- Quimper Enchères, basée au 9 rue Louis le Bourhis à Quimper, spécialisée dans les ventes de faïences tout au long de l’année.
- Thierry-Lannon et Associés, à Brest, qui dispose également d’une expertise reconnue sur les céramiques bretonnes.
Ces professionnels peuvent confirmer une datation, identifier une manufacture d’origine (Quimper, Malicorne ou Desvres, la confusion entre ces productions restant fréquente) et fournir une estimation financière que la faïencerie elle-même refuse de donner.
Attention aux copies et aux confusions
La reproduction illégale des décors quimpérois par d’autres villes a été un problème récurrent, notamment au XIXe siècle. Certaines pièces vendues aux enchères aujourd’hui ne sont toujours pas formellement attribuées à leur ville d’origine. Une faïence « style Quimper » n’est pas forcément une faïence de Quimper, et seule l’analyse croisée de la marque, du décor et de la pâte permet de trancher.
Avant de solliciter un expert, on peut déjà rassembler des photos nettes du décor, du dos avec la marque, et du profil de la pièce pour montrer l’épaisseur et la couleur de la terre. Ce travail préparatoire accélère considérablement le diagnostic.
La faïence Henriot Quimper continue de susciter un intérêt croissant, avec une multiplication des guides de datation en ligne ces dernières années. Pour une pièce ancienne signée, le croisement entre la marque de fabrique et le style du décor reste la démarche la plus sûre. Et quand le doute persiste, les commissaires-priseurs bretons spécialisés restent les interlocuteurs les mieux placés pour confirmer l’origine et la période d’un plat ou d’une assiette.

